LA COMMUNAUTE DU CHEMIN NEUF Laurent FABRE PQV Juin 89 Je m'appelle Laurent FABRE, je suis jésuite et responsable de la Communauté du Chemin Neuf. Vous avez entendu parler d'une manière ou d'une autre, vous avez sans doute en vous des réactions soit favorables, soit défavorables par rapport au Renouveau Charismatique, mais voilà comment les choses ont commencé pour moi et pour d'autres. Il y a une quinzaine d'années, j'étais en Faculté de Théologie à Lyon ; à l'époque j'étais - et je suis toujours - très passionné par toutes ces questions de formation d'adultes, de psychologie ; j'étais également assez engagé politiquement, et puis un jour, dans cette faculté, je me trouvais avec 5 ou 6 autres étudiants jésuites pour prier ensemble, et un américain qui était là s'est mis à prier d'une drôle de façon, une sorte de charabia - moi, je me suis dit, il a des problèmes - Comme à l'époque, j'étudiais un peu la psychologie, je me suis dit, je vais un peu m'intéresser à son cas, et comme c'était mon voisin de chambre, quelques jours après je suis allé frapper à sa porte en disant : " Mike, qu'est-ce qu'il t'arrive ? " Alors on a parlé pendant 2 heures. Ce que je peux dire, c'est qu'au bout de ces 2 heures je me suis rendu compte de 2 choses : la 1ère c'est qu'il n'avait apparemment pas plus de problèmes que moi - on en a tous - la 2ème c'est que cette expérience de conversion qu'il avait faite avait modifié des choses très importantes dans sa vie, dans sa vie de relation, dans sa vie de prière, dans sa vie religieuse. Alors ça m'a intéressé. A l'époque j'étais assez conscient que nous vivions une crise importante de l'Eglise, et je me disais, j'attendais qu'il se passe quelque chose. Je me suis donc mis à étudier ce mouvement dont on commençait à parler un peu aux U.S.A., j'ai commencé à lire des livres sur la question, à faire ma petite enquête, et puis plus j'étudiais la chose, plus je me rendais compte qu'il y avait un événement qui posait des questions théologiques, sur l'homme, sur la prière, sur la vie communautaire etc… 15 ans après, on peut dire que de fait cet événement s'est amplifié. Et puis à force de réfléchir, je me suis dit, peut-être, il faut que j'essaye, et avec un pragmatisme très américain, je suis allé frapper à la porte de mon ami américain. " Mike, est-ce que tu accepterais que l'on fasse un week-end de prière ? " Pourquoi pas ne pas essayer de prier pour voir, comprendre, pour demander au Seigneur de quoi il s'agit ; au fond, il ne suffit pas de réfléchir, on peut demander à Dieu ce qu'il en pense et il est capable de nous répondre. Alors il s'est passé un événement qui m'a beaucoup interpellé, c'est pas grand chose, mais il faut que je vous le dise. Juste avant notre week-end, la veille au soir, j'étais en train de terminer mon courrier pour avoir l'esprit dégagé pendant ce week-end ; mon voisin de chambre, Mike était en train de prier et il nous a dit 2 jours après que dans sa prière, il disait : " Seigneur, ces 2 Français qui font cette démarche, c'est très important pour eux, envoie-moi de l'aide. " Eh bien, chose étonnante - pour moi cela m'a paru curieux - au moment où il était en train de demander de l'aide, sont arrivés 2 Américains qui ne connaissaient personne dans la région. Ils ont demandé à rencontrer le groupe charismatique, chose curieuse parce que cela n'existait pas à l'époque, pas plus à Fourvières que dans d'autres lieux en France - peut-être un petit groupe avait-il commencé en Normandie - Mike prévenu est arrivé et en les voyant, il a dit : " Vous êtes la réponse de Dieu ", il ne les connaissaient pas, mais il leur a proposé de venir à ce week-end le lendemain. Quelques minutes après, les Américains ont frappé à ma porte, et je me souviendrai toujours de la tête de Mike quand j'ai ouvert ma porte, il me dit : " Laurent, viens voir le cadeau de Dieu ", avec un fort accent américain. Moi j'étais déjà réticent par rapport à ce week-end, entendre le mot " cadeau de Dieu ", ça m'agaçait un petit peu. L'un de ces 2 Américains était un juif devenu chrétien, un juif complet, il découvrait encore toute la saveur de l'Ancien Testament dans le Nouveau. Tout en étant en état de conversion, un jour, il était en prière et dans sa prière il a comme reçu la vocation, l'appel d'aller en France. Alors de manière très simple, il a dit : Mais moi, je n'ai pas d'argent. La nuit même, il est réveillé par un cousin ou beau-frère, par quelqu'un de sa famille qui lui téléphone en disant : " Je voudrais me réconcilier avec toi. " Ils parlent un petit peu au téléphone, et son parent lui dit : " Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? " " Oh oui. J'ai besoin d'un billet d'avion pour la France. " Et comme ça il arrivait à Taizé avec son autre ami qui, lui, était épiscopalien protestant. Tous les deux arrivent à Taizé et là, au milieu d'un grand rassemblement à Pâques 71, le frère Roger demande : " Est-ce qu'il y en a parmi vous qui pourraient préparer le Concile des Jeunes à Jérusalem ? " Mon ami, fils de rabbin a tout de suite levé la main et c'est comme ça que tous deux partaient en stop de Taizé à Jérusalem. Et ce soir là, ils étaient arrivés là où j'étais en train de faire mon courrier. Ce week-end fut très très important pour moi ; plus je vais, plus je m'aperçois que ce fut comme un redémarrage, un point de conversion. Si je veux relire mon histoire, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer le Seigneur - je crois qu'il est toujours avec nous - mais il y a des moments où on s'en rend compte, des moments où on est atteint. On ne connaissait pas du tout à l'époque ce que l'on appelait l'imposition des mains, la fusion de l'esprit, on connaissait les bons sacrements de l'Eglise Catholique ; on n'avait pas du tout l'intention de tomber dans une secte. Mais c'est vrai qu'au départ pendant ce week-end, on a été émerveillé par ce que nous racontaient les jeunes Américains ; on sentait que c'était juste, que ça sonnait juste et en même temps remuait. Quand Dieu se fait parfois très proche, on commence à avoir un petit peu peur. Et le soir même, j'ai demandé qu'on prie pour moi, c'est la première fois que je faisais ça ; en tant que religieux - j'étais religieux depuis une quinzaine d'années - j'avais déjà prié pour les autres et j'avais demandé comme ça qu'on prie pour moi, mais là j'ai vécu de manière peut-être plus intense comme jamais je l'ai fait. J'ai vraiment demandé que l'on prie pour moi et je me souviens qu'il y avait un feu de bois dans ce petit chalet de montagne, il faisait chaud et avant qu'on prie pour moi, je me suis mis à trembler non pas comme quelqu'un qui a froid mais comme quelqu'un qui sent qu'il est en train de faire une démarche très importante. Pour l'autre Français qui était avec moi, ce fut un temps important. L'année suivante, nous étions aux U.S.A. pour mieux comprendre ce qui nous arrivait et on a rencontré là-bas beaucoup de groupes de prière. Je dirais en bref deux petits témoignages qui m'ont beaucoup frappé. Dans une famille, j'ai senti qu'il y avait dans cette famille quelque chose que je n'avais pas vraiment senti en France. Dans cette famille, il y avait la prière qui durait 5 ou 7 minutes le soir et qui était le moment le plus important de la journée. Et ça, ça m'avait beaucoup ému, et dans la journée un petit enfant de 4-5 ans demandait pardon à sa petite sœur : il y avait une justesse, une rapidité, une profondeur dans cette demande de pardon qui sonnait vrai, qui sonnait juste ; je me disais, on est en bonne terre chrétienne, il y a quelque chose de profond. Le moment de prière était réclamé par les enfants, un moment agréable, un moment de paix où toute la famille se retrouvait ; je sentais là une certaine solidité. Un autre témoignage de ce que j'ai vécu il y a 15 ans : c'était dans un parc public, il y avait un jeune que j'ai rencontré, que mon ami américain connaissait. Ce jeune avait été toxicomane et avait été sauvé in extremis sur son lit d'hôpital. Sa mère, sa sœur sont venues prier pour lui en demandant qu'il soit libéré de la drogue ; et ce qui est très curieux, il paraît que c'est rare, il n'a pas eu de crise de manque. Il a pu se sauver et il n'a jamais retouché à la drogue. Quand je l'ai vu, cela faisait 5 ou 6 ans qu'il avait été sauvé. Je n'avais jamais entendu parler quelqu'un comme ça, avec autant de force : " Jésus est mon sauveur ". Moi, j'étais religieux, j'avais fait des retraites, rencontrer des gens, entendu beaucoup de choses, jamais je n'ai entendu quelqu'un dire comme ça : " Jésus est mon sauveur. " *** LA COMMUNAUTE DU CHEMIN NEUF Le départ a été la rencontre providentielle entre 3 catholiques et 2 protestants ; je crois que l'on ne pourrait pas écrire et on pourra de moins en moins écrire l'histoire de l'Eglise aujourd'hui en faisant abstraction de toutes ces rencontres, de tous ces croisements, de tout ce travail d'unité que le Seigneur est en train de faire. La communauté dont je suis responsable est très marquée par l'unité des chrétiens. Il y a 2 ans dans la cathédrale St Jean à Lyon, en présence du Cardinal de Courtray, 19 d'entre nous se sont engagés à vie parmi tous ceux qui se sont engagés dans cette communauté catholique. Il y avait 2 pasteurs protestants de l'Eglise Réformée et 4 autres qui sont maintenant prêtres. Donc ces frères catholiques, ces frères protestants sont engagés à vie dans la même communauté ; et ceci est reconnu par l'Eglise Catholique - par le Cardinal de Courtray qui la représentait - et aussi en la présence d'un responsable de l'Eglise Réformée qui aussi a dit combien il approuvait cette démarche. C'est un petit signe pour dire peut-être les valeurs que nous vivons dans notre communauté et que nous pensons bonnes à transmettre. La question de l'unité, nous la vivons particulièrement en ce qui concerne l'unité des chrétiens, également en ce qui concerne l'unité de l'homme et de la femme. La Communauté du Chemin Neuf commence à être connue surtout par les sessions Cana pour les couples et là, je ne sais pas s'il faut employer le mot de combat ou de réconciliation. Comme dit l'Ecriture, le couple est l'image de Dieu sur Terre - homme et femme il les créa à son image - et aujourd'hui, l'image de Dieu comme l'image du couple sont défigurées. Si sur cette Terre des foyers redeviennent lumière, si des couples sont signes d'unité, c'est comme si le visage de Dieu réapparaissait, c'est l'Amour qui redevient possible et qui peut se partager, se donner. Ce sont des ménages qui sont responsables de ce ministère. Il y a maintenant 400 couples qui sont engagés avec nous dans ce ministère auprès des couples. En gros, pour schématiser, dans la Communauté du Chemin Neuf, il y a une communion du Chemin Neuf, si on compte les enfants et les adultes, il y a environ 2 000 personnes. Les adultes sont répartis en petites fraternités mais la Communauté du Chemin Neuf proprement dite compte environ 750 personnes. Celles-ci sont moitié hommes, moitié femmes, aussi moitié fraternités de vie, moitié fraternités de quartier ; alors dans notre jargon, qu'est-ce que cela veut dire ? La moitié de la Communauté vit en fraternités de quartier c'est-à-dire dans des maisons, dans des appartements, comme tout le monde, mais ils essaient de se regrouper, par exemple dans le même immeuble ou dans le même quartier de façon à pouvoir prier ensemble et avoir certaines activités dans le quartier. Nous avons ainsi beaucoup d'activités au service des plus pauvres. Par exemple, à Lyon où nous sommes depuis 15 ans il y a des services que nous avons créés dans le quartier : un atelier pour jeunes toxicomanes ou jeunes sortis de prison, un cabinet médical qui se caractérise par " moins de médicaments, plus de miséricorde " et qui essaie dans la thérapeutique d'intégrer tout le côté spirituel, des aides familiales à la suite des sœurs de St Vincent de Paul qui en quittant le quartier nous ont demandé de prendre la suite. A Grenoble, nous distribuons tous les jours 200 repas à des vieillards du quartier. Il y a un peu plus de 350 personnes qui sont en fraternités de vie, qui sont dans les mêmes maisons, qui mettent tout leur argent en commun ; tous les salaires vont dans la même caisse ; c'est du travail pour redistribuer, pour partager. Chaque famille demande au début de chaque mois la somme dont elle a besoin pour vivre, et ce partage au niveau de ce que l'on a, de ce que l'on gagne, ce partage des biens est pour nous un des piliers de notre communauté. On a l'habitude de dire que quand les choses ne passent pas par le porte-monnaie, le cœur n'est pas réellement atteint ; c'est pas tout à fait vrai, mais c'est important. Partager ce que l'on a, c'est important mais c'est pas le plus difficile ; il y a plus difficile encore. Il y a une autre manière de partager, c'est partager ce que nous sommes, l'être ; cela dans notre communauté nous essayons de le vivre. Chaque semaine, nous avons une rencontre communautaire ; on ne va pas discuter sur les grandes théories mais partir de ce que nous sommes, de ce que nous avons vécu pendant la semaine et essayer de dire ce qui a été pour nous source de vie et source de mort, ce qui a été source d'espérance. Et très souvent, il nous arrive de dire des choses très importantes qui ne peuvent pas sortir de notre petite fraternité de 7-8 personnes. On intitule ça par un mot dangereux que j'ose à peine prononcer, c'est le mot transparence. J'aime bien dans les lettres de St Jean quand il parle de la voie et de la vérité, ceux qui suivent la voie, ceux qui cherchent la vérité ; alors ce petit temps de rencontre communautaire chaque semaine est un temps où on essaie d'aller vers la vérité, et on a 3 règles qui sont toutes simples et qui nous permettent d'éviter l'aspect dangereux de cet exercice. - Nul n'est obligé de dire ce qu'il vit, c'est un don quand quelqu'un dit ce qu'il vit. - Cela suppose un climat de prière ; si on ne peut pas prier entre nous, il est difficile d'être dans la vérité parce qu'il n'y a que Jésus qui est dans la vérité et il y a des vérités qui ne sont supportables qu'en sa présence. Donc il s'agit d'un don et non pas d'un dû. - Il n'y a pas de limite à la communication entre nous, on peut aborder tous les sujets : l'argent, la sexualité… mais nous savons que nous sommes des êtres opaques, nous ne sommes pas transparents, nous allons vers la vérité, donc il n'y a pas de limites a priori mais nous savons que nous les découvrons au fur et à mesure ces limites. Un frère peut dire, eh bien aujourd'hui il y a des tas de choses mais j'ai pas envie de les dire ou je ne peux pas les dire, ou je les dirai dans un ou deux ans ou jamais. Un respect de l'autre dans sa propre vérité sachant que seul Jésus est la vérité. Quand même, on peut dire qu'il y a une sorte de grâce dans notre communauté de cheminer ensemble, de transparence. Je crois qu'en fait, ce n'est pas dangereux pour nous, plutôt une source d'épanouissement, de solidité justement parce que nous respectons les 3 points que je viens de vous dire, et je dirais qu'il y a des silences qui sont plus dangereux que certaines paroles. Je crois pour ma part, que dans nos églises et nos communautés certains silences sont plus pesants que des paroles bien lourdes. Je dis ça parce que quand je prononce le mot de transparence, il y en a qui disent : " Attention ! ". Eh bien, ils ont raison : " Attention ! " mais Jésus est la vérité, Jésus est le chemin, Jésus est la vie et si c'est vraiment Jésus que nous voulons suivre, je crois que nous allons vers la Vérité et nous faisons un peu la Vérité ; puis il est patient avec nous alors en communauté, nous apprenons à être patient les uns avec les autres. J'ajouterais deux points à ce que nous essayons de vivre dans ces fraternités, c'est source de joie et source d'amour fraternel. Vous savez quand un responsable de fraternité dit ses difficultés devant les autres, on comprend beaucoup mieux, c'est plus facile ensuite de vivre avec lui. Et puis, il y a une force dans le partage, partager ce que l'on a, partager ce que l'on est, partager aussi notre avenir. Nous vivons à une époque, et cela est bien compréhensible, où parfois par souci d'authenticité et de vérité, certains refusent les engagements. Beaucoup de jeunes de l'époque - et on comprend ça très bien - refusent l'engagement dans le mariage. Nous croyons que dans la force de l'Esprit Saint, dans l'appel que le Seigneur nous fait, dans le fait que lui-même s'est engagé définitivement, chaque fois que nous célébrons l'Eucharistie, nous le ressentons, nous aussi nous pouvons nous engager à vie. Il n'y a pas d'engagement à vie sans un mot qui est aussi difficile à dire que " transparence " mais qui est une valeur essentielle ; est-ce qu'il faut que je dise " unité ", si on est dans la division, on ne peut pas continuer à vivre ensemble ; est-ce qu'il faut que j'ose prononcer ce mot " d'obéissance ", de soumission fraternelle ; tout ça ce sont des valeurs que nous sommes en train de redécouvrir, que nous avons redécouvertes. Et ces valeurs que nous venons de redécouvrir ne sont ni plus ni moins que le fond de la tradition communautaire de l'Eglise. Derrière ces 3 réalités qui définissent tout homme, chacun de nous doit se situer par rapport à la religion. Chacun de nous doit se situer par rapport à son identité : tu es homme ou femme ; quel est ton sexe. Chacun de nous doit se situer devant la question de pouvoir, de devenir, d'autorité. Eh bien nous retrouvons les 3 vœux de pauvreté - être libre par rapport aux biens -, de chasteté - libre par rapport à notre être sexué -, d'obéissance - être libre par rapport à l'autorité -, et dans ces 3 domaines nous retrouvons une dimension du partage. Partage des biens, partage de ce que nous sommes. Qui parmi nous est vraiment libre par rapport à l'autorité ? Qui est vraiment libre par rapport à la sexualité ? Qui est libre par rapport à l'argent ? Alors le but de ces communautés qui naissent actuellement est de bâtir des hommes libres, de construire des hommes libres, de rendre des hommes libres, des hommes debout. Et la seule façon d'être un homme libre c'est de sortir de soi, que ces valeurs contribuent à nous faire sortir de nous-mêmes. Si j'apprends à aimer, je sors un peu de moi-même, je ne peux pas rester en moi-même, c'est de la maîtrise de moi aussi, tout seul je ne peux pas trouver uniquement en moi-même la maîtrise de moi. Qui c'est qui peut nous permettre de sortir de nous-mêmes et quelle est cette expérience qui nous est proposée, quel est ce don, ce partage (avec un Dieu qui partage tout, son corps et son sang) ? Il n'y a pas d'avenir pour l'humanité en dehors du partage. Il y a quelque temps, je lisais les fléaux d'Egypte. Il a fallu 10 fléaux pour que les Hébreux quittent l'Egypte ; et en lisant, je me disais pour quitter notre Egypte, tous nos esclavages, nous n'avons pas besoin de 10 fléaux supplémentaires car ces 10 fléaux, ils sont bel et bien présents. Ces fléaux sont universels, ils s'amplifient ; dans quasiment tous les cas, les spécialistes ne voient pas de solutions. Vous me direz que je vous présente une vue pessimiste des choses sur l'homme, sur la société, mais non parce qu'il y a un quatrième point c'est-à-dire la seule solution à toutes ces questions là, c'est le partage. Je pourrais détailler rapidement : la faim, la crise économique, le chômage, l'équilibre de la terreur, la consommation de tranquillisants, la drogue, l'alcoolisme, la télévision, les sectes. Le développement des sectes est quand même un signe d'une fragilité spirituelle de notre temps, c'est-à-dire les hommes cherchent, ils ont raison mais ils trouvent mal. A ces fléaux je pourrais rajouter la pollution. Solidarité, partage - un petit exemple - les couples qui n'arrivent pas à s'en sortir seuls, lorsqu'ils demandent l'aide à d'autres et l'aide à Dieu ont 3-4 chances sur 5 de remonter la pente simplement par le partage, en rompant leur isolement. Autre exemple, pourquoi c'est maintenant surtout chez les plus jeunes et chez les vieillards qu'il y a des drogués ? Parce que ce sont les couches de la population qui sont les plus seules. Un évêque de mes amis qui vit à Sao Paulo m'a dit : " Je suis responsable de 700 000 enfants sans famille. " A Kinshasa, on appelle ces enfants les moineaux ; ils descendent le fleuve Zaïre et ils arrivent à Kinshasa parce qu'ils ont faim, ils volent, ils se nourrissent comme ils peuvent. J'ai rencontré un petit groupe de prière, 3 Africains et une Française qui se sont dit qu'il fallait faire quelque chose pour les moineaux. Elle, faisait de la recherche en biologie et a trouvé un truc astucieux ; à partir du soja qui pousse dans le pays ils font du lait de soja pour les jeunes. Aucun de ces fléaux ne peut résister, aucun des problèmes de l'humanité n'est trop fort, n'est trop lourd, n'a plus de poids que la force de l'Esprit Saint qui est partage. Qu'est-ce qui s'est passé à Pentecôte ? pourquoi sans aucune explication, les apôtres reçoivent l'Esprit Saint, ils se mettent à parler en différentes langues et qu'est-ce qu'ils font ? : ils partagent leurs biens. Alors certains théologiens disent que ce sont les pages roses du Nouveau Testament ; pas du tout, c'est fondamental ; c'est le cri d'espérance de notre temps. Il faut de toute nécessité, c'est vital, que des hommes et des femmes partagent et apprennent à nos enfants à partager sinon notre monde est fichu et nous sommes responsables. Et je crois pour ma part, c'est ma profession de foi de chrétien qu'il n'y a pas de solution à notre monde sans partage. Il n'y a que Jésus qui peut nous apprendre à partager. Voilà pourquoi l'Eucharistie est au centre non pas seulement de ma vie, mais je crois de la vie du monde car l'Eucharistie est le lieu par excellence où Dieu se donne en partage et nous apprend à partager.